Une voix s'est tue

 

Ce 15 décembre 2022, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre le décès de la voix des meetings aériens en France et souvent ailleurs.

Je ne reviendrais pas sur la carrière de ce conteur exceptionnel qui a donné l’amour de l’aviation à tant d’entre nous.

Je l’ai découvert lors d’un meeting à La Ferté alors que j’étais beaucoup plus jeune. Attablé avec d’autres aviateurs au repas du soir alors que les vrais de vrais se racontent des histoires d’aviateurs et rêvent.  Il avait « tenu le crachoir » tout l’après-midi. Ce soir-là, il continuait à nous captiver de ses anecdotes. On l’avait vu arriver le vendredi d’un pas lent comme si il humait l’air en pensant « il va faire beau, on va voler ». Pour aller jusqu’à l’endroit d’où il allait commenter, j’ai l’impression que cela lui prenait de heures. Arrêté tous les trois mètres, pour saluer un de ses amis ou pour échanger quelques mots avec un anonyme qui osait l’aborder pour lui dire son admiration.

Monsieur Chabbert était accessible, toujours prêt à partager une anecdote, un moment pour échanger sur notre passion. Ce qui me frappe dans les commentaires sur sa disparition, c’est l’usage du « Monsieur » devant son nom par respect, comme si nous lui reconnaissions naturellement son appartenance à l’aristocratie du ciel dont il nous as tant parlé.

Nous entendions sa voix et nous savions que le show aérien allait commencer. Quelle voix ! comme la mélodie d’un Gipsy ou d’un rotatif. Nous étions certains que nous allions passer un moment d’exception, qu’il avait trouvé d’autres histoires d’aviation à nous conter. Bien sur au décollage des Bückers, nous savions qu’il allait nous parler, encore, du « Stradivarius de l’air » mais il savait de quoi il parlait, il avait tâté du manche sur la bête. Une autre surprise lorsque je l’ai entendu la première fois à Duxford. Même dans la Mecque de l’aviation ancienne, il était devenu incontournable.

On s’inquiétait lorsque son Lockheed n’était pas au parking statique mais on était vite rassuré lorsqu’on apprenait que Bernard Chabbert était bien là et son avion sous d’autres cieux pour un tournage.

Deux anecdotes pour terminer cette évocation.

Début des années 2000, Nicolas Sarkozy est ministre de l’Intérieur. L’idée saugrenue de considérer les avions de collections comme arme de guerre pouvant être utilisée pour des attentats germe, on ne sait plus où au ministère. Il est question d’en limiter fortement l’usage. Cette année-là, pendant tout le meeting de La Ferté, Bernard Chabbert va dire, toutes les 10 phrases, tout le mal qu’il pense des restrictions à l’étude. La semaine suivante, le projet sera définitivement enterré. Georges Pradez, ami de Bernard Chabbert, utilisera la même technique pour pourfendre une administration bruxelloise qui voulait interdire les voitures anciennes lors de la fête de l’Avenue de Tervuren.

Ce qui restera pour moi, la plus belle démonstration du talent de Bernard Chabbert. Il y a quelques années, le Musée de l’Air et de l’espace du Bourget organise dans le cadre des Carrefours de l’Air un meeting d’avions de collection. Bernard Chabbert ne pouvait pas ne pas en être. Monsieur Chabbert va faire le commentaire tout l’après midi avec un micro et un ampli au milieu du public. C’est l’époque ou le Curtis H75 de la Fighter Collection est à vendre et ou Bernard Chabbert tente de trouver des acheteurs pour garder en France, le seul témoin volant de la Bataille de France en 1940. Qu’est-ce qu’il était convainquant. Je crois que nous étions tous prêt à vider notre compte en banque. Voir cet amoureux déambuler dans la foule le micro aux lèvres, tout en mêlant anecdotes, enthousiasmes et commentaires des présentations en vol en multipliant appels à sauvegarder un patrimoine unique. Je n’oublierais jamais. Depuis, le H75 est toujours à Duxford et un visiteur régulier des meetings français.

La disparition de Bernard Chabbert est une immense perte pour sa famille et  ses amis. Nous sommes sans doute aussi beaucoup à nous sentir orphelin.

La voix de Bernard Chabbert s’est tue mais nous vivons une époque formidable ou nous pouvons la retrouver sur le net ou le lire dans ses livres.

Bon vol Monsieur Chabbert, pilote, aviateur et poète.

 

Illustration : La Ferté 2022, le Lockheed L-12 Electra F-AZLL de Bernard Chabbert au décollage

 

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2 commentaires

  • Bel hommage ! Et l’ami Georges, quelle voix c’était aussi …

    Pierre Taquet
  • La seule fois où j’ai eu le plaisir de l’entendre, c’était à BEX, en Suisse – commentant la " naissance " d’un avion : le Cri-Cri et le Max-Holste Broussard – je garde aussi le souvenir des ses programmes TV " Pegase " sur France 3

    blanckaert jean-pierre

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